Homélie - 6e dimanche de Pâques 2021 B

Homélie
2021/05/04
Homélie - 6e dimanche de Pâques 2021 B

6e dimanche de Pâques 2021

Je vous appelle mes amis…

Homélie

(Ac 9,26-31; I Jn 3,18-24 ; Jn 15,1-8)

En lisant ou en écoutant ces deux textes de saint Jean, proclamés en ce sixième dimanche de Pâques, vous avez sûrement constaté que les mots aimer… amour… ami y reviennent souvent, vingt-deux fois. Cela nous dit, et avec insistance, que le Dieu que Jésus est venu nous faire connaître est un Dieu d’amour, que l’amour est son nom. Si l’amour est le nom de Dieu, il est aussi celui de Jésus. Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, nous dit-il, et c’est ce qu’il a fait, il a donné sa vie pour nous. Mais voilà qu’il nous dit que l’amour qui est son nom doit aussi être notre nom : Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il y a un autre mot qui est à souligner, à retenir dans ce commandement du Seigneur, le mot comme, Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Ça devient passablement exigeant, surtout quand nous nous rappelons jusqu’où est allé l’amour de Jésus pour nous. C’est tout l’Évangile d’ailleurs qui est exigeant : il nous propose un idéal qu’il n’est pas facile d’atteindre. Nous le reconnaissons très facilement quand nous nous arrêtons pour confronter notre vie à l’Évangile et aussi quand nous voyons tout ce qui se passe dans notre monde et dans notre Église. 

Même si l’idéal évangélique est difficile à vivre, ce sera toujours la mission de l‘Église de le proposer et d’inviter tous les disciples du Seigneur, et tous les hommes et femmes de bonne volonté, à le vivre chacun dans la mesure de leurs possibilités. Ce faisant, l’Église ne fait que suivre l’exemple de son Maître. Jésus n’a jamais hésité à interpeller fortement tous ceux et celles qui venaient l’écouter, même au risque qu’un grand nombre refusent de le suivre. L’Église manquerait à sa mission si elle cessait de rappeler les exigences de l’Évangile. Chrétiennes, chrétiens, nous ne serions pas fidèles aux appels de notre baptême si nous ne faisions pas notre possible pour répondre, dans notre vie quotidienne, aux appels du Seigneur et de son Évangile. Le Seigneur nous a prévenus, la route qui mène au Royaume de Dieu est étroite et peut être pénible. Ses apôtres et tellement de ses disciples au cours des siècles ont été, sont ses témoins allant jusqu’à faire comme lui.

Cette fidélité à l’enseignement de l’Évangile n’est pas sans avoir causé bien des problèmes à l’Église au cours des siècles et encore aujourd’hui. Il faut bien constater que l’Église vit présentement une forte tempête, causée pour une bonne part par les médias qui ne savent pas toujours comprendre sa mission et son message et en font souvent une communication tronquée. Cela oblige l’Église à revoir non pas le message évangélique, elle ne peut pas le changer, mais elle peut revoir la lecture qu’elle en fait et surtout sa façon de le présenter. Il ne faut toutefois pas oublier qu’avant d’être une institution, une organisation, l’Église est l’ensemble des communautés des disciples de Jésus. C‘est sa crédibilité qui est mise en cause, et même l’essentiel de sa mission, telle que rappelée dans la Parole de Dieu de ce dimanche : révéler, manifester le visage d’un Dieu qui est amour, d’un Dieu qui en Jésus le Christ a assumé toutes les souffrances et tous les espoirs du cœur humain. On ne peut pas faire à l’Église le reproche de proposer à l’humanité, en conformité avec l’Évangile, un idéal de vie, et même un idéal moral qui fait appel à tout ce qu’il y a de meilleur dans la personne humaine. Il faut toutefois reconnaître que ce message peut difficilement être compris si on ne fait que rappeler des principes sans tenir suffisamment compte de la complexité des situations concrètes vécues par les gens. On voit bien que c’est la difficulté que rencontre le discours de l’Église : rappeler l’idéal évangélique sans oublier qu’il n’est pas facile à atteindre et que les situations vécues sont tellement différentes d’une communauté, d’une personne à l’autre.

Réunis pour célébrer l’Eucharistie, pour faire mémoire du Seigneur, soyons heureux, heureuses de recueillir, en ce temps de Pâques, les paroles essentielles qu’il nous a laissées pour que sa joie soit en nous et que notre joie soit complète. Ce qui nous est dit dans l’Évangile de ce dimanche, ce sont des paroles que Jésus confie à des amis. Vous êtes mes amis, nous dit-il, si vous faites ce que je vous commande. … Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Amis du Christ ! Je vous appelle mes amis…, c’est le nouveau nom que Jésus donne à ses disciples, c’est le nom qu’il nous donne, à nous, ses disciples d’ici et d’aujourd’hui. Que cette Eucharistie soit l’action de grâce d’une communauté de disciples, d’amis de Jésus, communauté illuminée par la résurrection du Christ et par ses paroles de lumière et de joie !  Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. … Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. … Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que vote fruit demeure. … Voici ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

Faisons Eucharistie, rendons grâce pour ce que Jésus, le Ressuscité, le Vivant, présent parmi nous, nous dit aujourd’hui, son amitié pour nous. Elle est en nous source de la vraie joie.

Marc Bouchard, prêtre

Mbouchard751@gmail.com