Homélie - 2e dim. ord. B 2020

Homélie
2021/01/11
Homélie - 2e dim. ord. B 2020

2e dimanche ordinaire B 2020

Venez et vous verrez. … Ils le suivirent et restèrent auprès de Lui.

Homélie
(Sam 3,3-10.19 ; I Cor 13-15.17-20 ; Jn 1,35-42)

N’est-il pas étonnant que dans un monde comme le nôtre, où la science est si développée, dans un pays comme le nôtre où la population est si instruite, tant de gens sont à la recherche de guides, de maîtres qui leur disent quoi penser, quoi dire, quoi faire ? N’avons-nous pas parfois l’impression de vivre dans un monde où on se fie à n’importe qui pour orienter sa vie ? On ne cesse pas d’annoncer des théories, des expériences, des sessions capables de transformer la personne. Les tablettes des librairies sont chargées de livres dans lesquels on traite d’ésotérisme, où on présente toutes sortes de théories psychologiques. Il y a aussi la grande influence qu’exercent de plus en plus les réseaux sociaux

La liturgie de ce dimanche nous présente trois guides : le prêtre Éli, Jean-Baptiste, et Jésus. Jean-Baptiste ne semble pas chercher à attirer les gens pour qu’ils s’attachent à sa personne : il les invite à se convertir, à revenir à Dieu, puis il les renvoie à leur propre conscience ; il les guide dans leur propre expérience spirituelle. Selon ce que les évangiles nous disent de lui, Jean-Baptiste n’a créé aucun groupe autour de lui. Au contraire, il oriente certains de ses disciples vers un autre guide, qu’il reconnaît plus grand que lui et donc plus en mesure que lui de les bien orienter. Il en est de même pour le prêtre Éli, en qui le jeune Samuel semblait avoir grande confiance. Même s’il a la mission de l’accompagner, le prêtre Éli renvoie le jeune Samuel à sa propre écoute de Dieu, une écoute qui marquera sa vie, fera de lui un prophète, un grand prophète. Un bon guide, c’est quelqu’un qui aide à trouver la route, mais qui sait disparaître quand c’est le temps et laisser la personne vivre sa propre expérience. Il n’impose pas ses propres idées, mais aide quelqu’un à voir en lui-même, à se découvrir, puis à connaître et à vivre sa propre expérience spirituelle. Cela est vrai aussi pour les parents et les grands-parents.

Le troisième guide spirituel que nous présente la liturgie de ce dimanche, c’est Jésus. Deux disciples de Jean-Baptiste viennent le voir, deux disciples que Jean-Baptiste lui-même lui a référés. Que cherchez-vous, leur dit Jésus. Maître, où demeures-tu ? Dans la tradition juive, devenir le disciple de quelqu’un, cela signifie : le suivre et habiter avec lui. Jésus leur répond : Venez et vous verrez. … Ils l’accompagnèrent et ils restèrent avec lui ce jour-là. Venez et vous verrez… Une invitation qui laisse libre ! Les quatre évangiles nous présentent des récits où on voit Jésus appeler des disciples, des récits rédigés de façon différente les uns des autres, mais qui se ressemblent beaucoup quant à la façon d’agir de Jésus. Jésus regarde quelqu’un, puis l’invite à le suivre, à venir voir, puis si cela lui convient à demeurer avec lui. Ceux et celles qui acceptent, il les éduquera patiemment et, quand arriveront les moments difficiles, il leur demandera : Voulez-vous partir vous aussi ?  Il les enverra en mission deux par deux. Au moment de sa passion, tous le quitteront et se sauveront, mais il ne leur en voudra pas pour autant, même pas à l’égard de Judas. Jésus n’envoie pas ses disciples à la mort. Au contraire, il les prévient de ce qui va se produire, il les laisse s’éloigner. C’est lui qui va vers la mort. Et après sa résurrection, il s’empressera de tous les revoir.

Arrêtons-nous à ces mots du récit : Ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers quatre heures du soir. La lecture de l’évangile de saint Jean nous fait voir que, pour lui, le verbe demeurer est important. Ce verbe revient trois fois dans ce court récit d’aujourd’hui et on le retrouve trente-sept fois dans son évangile. C’est un mot fort qui évoque l’intimité du Fils avec son Père dans la Trinité. Ce mot exprime aussi l’intimité avec Dieu à laquelle les disciples sont introduits par leur foi en Jésus. Le geste de la communion eucharistique signifie et symbolise efficacement cette étroite relation du disciple avec le Seigneur. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Rester, demeurer longuement près de Jésus, dans ce qu’on appelle l’adoration et la prière est une des caractéristiques de la spiritualité eucharistique née dans l’Église sous l’inspiration de l’Esprit. Il est un peu étonnant de constater que cette forme de prière semble plaire aux jeunes. La prière d’adoration occupe une place importante dans les JMJ, les Journées mondiales de la Jeunesse ; ils demeurent un long temps avec le Seigneur présent au milieu d’eux sous le signe du pain eucharistique. Cela ne rejoint-il pas l’expérience des premiers appelés sur les bords du Jourdain, comme il était raconté dans le récit évangélique. Ils suivirent Jésus et ils restèrent auprès de de lui ce jour-là. Suivre Jésus ne peut qu’engager tout l’être, corps et âme. Saint Jean se souvient même de l’heure de cette rencontre inoubliable. Quand il rédige son récit, plusieurs dizaines d’années plus tard, il prend la peine de noter : C’était vers la dixième heure, environ quatre heures de l’après-midi. Sûrement que toute sa personne et surtout tout son cœur ont été saisis par ce qu’il a vécu ce jour où il a pris la décision de demeurer avec son Seigneur et Maître.

Nous savons qu’il y a des réalités qu’on ne peut comprendre qu’en les expérimentant. Venez et vous verrez. Cette invitation du Seigneur s’adresse à nous aussi. Le rencontrer, demeurer avec lui, cela se fait dans la prière et c’est en priant qu’on apprend à prier. Pensons à dire merci au Seigneur pour cette grâce qui nous est faite, à nous qui vivons dans cette maison, d’être une communauté de prière, d’être de ceux et celles qui demeurent avec lui. Nous ne sommes pas seuls, nous sommes nombreux dans le monde, très nombreux à assurer partout la permanence de la prière tout au long des journées, des semaines, des années. C’est donc aussi à cause de nous que l’Église ne cesse jamais de prier et qu’elle est signe que le Seigneur demeure dans notre monde d’aujourd’hui.

Marc Bouchard, prêtre

mbouchard751@gmail.com