Homélie - 25e dimanche ordinaire A 2020

Homélie
2020/09/16
Homélie - 25e dimanche ordinaire A 2020

25e dimanche ordinaire (Année A 2020)

Homélie
(Is 55,6-9 ; Ph 1,20c-24.27a ; Mt 20,1-16)

Un dernier qui devient premier !

Les ouvriers de la onzième heure… Le bon patron… Le maître de la vigne… Les ouvriers envoyés à la vigne !  Divers titres que les exégètes donnent à cette parabole. C’est dire qu’on peut y découvrir plusieurs messages différents selon ce sur quoi on fait porter son attention. Cette parabole, comme d’autres d’ailleurs, est passée dans le langage courant : Les ouvriers de la onzième heure ! N’emploie-t-on pas parfois ces mots dans la conversation, ne le retrouve-t-on pas dans des écrits :

Une première lecture de cette parabole pourrait en effet nous inviter à en tirer un message d'ordre social, d'ordre économique. Elle indique une façon de répartir les salaires qui serait impensable en notre époque où on dit plutôt à travail égal, salaire égal. C'est là un principe rigoureux, personne ne doit recevoir ni plus ni ou moins que ce à quoi il a droit. On peut toutefois penser que, même à l’époque de cette parabole, l’attitude du maître de la vigne aurait été inacceptable. Cette parabole parle aussi de chômage, de recherche d'emploi, un problème social toujours d'actualité !

Remarquons toutefois que Jésus prend la peine d’indiquer qu’il ne parlait pas d’une entreprise comme les autres, il introduit sa parabole en disant : Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine. Le Royaume des cieux ! Cela était annoncé dans la première lecture par ces paroles du prophète Isaïe : Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, ses chemins ne sont pas nos chemins. Voilà qui oriente clairement le message qui nous est adressé dans le récit évangélique.

Cette parabole nous invite à réfléchir sur une vigne très particulière, la vigne de Dieu et sur ce fait qu’il embauche des ouvriers à toute heure du jour. Le travail ne manque donc pas et les travailleurs n’y sont jamais assez nombreux. Cela est vrai et plus que jamais, mais ce n’est pas là le message principal de cette parabole, ce n’est pas ce dont Jésus veut parler. Comme toujours, il faut chercher d’abord ce qu’il veut nous dire au sujet de Dieu. Moi, je suis bon, dit le maître de la vigne, et pourquoi ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? Le psalmiste utilisait des mots plus forts : Dieu est tendresse et pitié, plein d’amour, sa bonté est pour tous, sa tendresse est pour toutes ses oeuvres.

Dieu est bon ! Jésus veut nous dire encore une fois la bonté de Dieu et une bonté qui ne calcule pas, qui ne tient pas de comptes. Sa bonté surpasse tout, elle est pour nous même lorsque nous ne la méritons pas. Nous devons abandonner une fois pour toutes notre logique de comptables. Dans le Royaume des cieux, il n’y a pas de machine à calculer les mérites. Ne nous arrive-t-il pas parfois de penser que la justice devrait faire que Dieu ne traite pas tout le monde de la même manière : Tu les traites à l’égal de nous qui avons enduré le poids du jour et la chaleur. Jésus veut nous faire quitter cette logique du mérite. Dieu est Père et il est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

C’est clair que Dieu ne voit pas la justice comme nous, et heureusement, heureusement même pour nous ! La justice de Dieu, c’est d’aimer, sans distinction, tous ses enfants et de les aimer sans mesure. Il faut remarquer, on ne le fait pas toujours, que dans la parabole le maître de la vigne veut que les premiers à avoir bénéficié de son invitation au travail soient les témoins de sa grande bonté pour les derniers invités. Le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. Voilà la conversion à laquelle nous sommes invités, laisser tomber notre logique de comptables : nos efforts, nos sacrifices, nos souffrances, pensant que ça nous donne des droits sur le Royaume, sur l’amour de Dieu. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait bien compris cette gratuité de l’amour de Dieu quand elle disait : J’arriverai devant Dieu les mains vides.

Matthieu est le seul des quatre évangélistes à rapporter cette parabole de Jésus. C’est sûrement parce que l’arrivée de nombreux païens dans les communautés chrétiennes n’était pas toujours appréciée par ceux qui venaient du judaïsme et se considéraient comme les héritiers d’une longue lignée de croyants. Jésus lui-même a connu de l’opposition de la part des croyants de longue date quand ils le voyaient fréquenter les publicains et les pécheurs. Les derniers seront premiers… Nous connaissons très bien un dernier qui est devenu premier, le bon larron. Voilà un ouvrier de la onzième heure, de la toute dernière heure, il va mourir dans les heures qui suivent. Il a suffi d’une parole de sa part pour que Jésus lui dise ce dont nous rêvons tous pour notre dernière heure : Aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis.

C'est le visage de Dieu qui nous est révélé dans cette parabole, un Dieu qui nous comble bien au-delà de ce que nous pouvons mériter. Le bon Dieu, cette expression du langage courant des croyants et des croyantes, une expression que nous avons si souvent utilisée et qui est tellement juste. Dieu est bon et sa bonté n'a pas de limites. Il a envoyé son Fils vivre parmi nous pour nous révéler cette bonté de son Père et notre Père, pour nous apprendre à vivre de telle sorte que dans notre vie aussi la miséricorde, l'amour soient capables d'aller au-delà de la justice, que ses pensées deviennent nos pensées, que ses chemins deviennent nos chemins.

 

Marc Bouchard, prêtre

mbouchard751@gmail.com