Samuel de Champlain après avoir dû laisser ses installations de Québec aux frères Kirke qui les prirent au nom de l'Angleterre en 1629 fit le vœu qu’il construirait une chapelle dédiée à Notre Dame de Recouvrance si la petite colonie revenait à la France. C’est ce qui arriva en 1632 par le traité de St-Germain-en-Laye. À son retour, Champlain accomplit son vœu en édifiant, en 1633, une chapelle sur le site occupé actuellement par la Basilique-cathédrale. Cette chapelle fut détruite dans l’incendie de 1640 et remplacée par l’église Notre-Dame-de-la-Paix en 1647. Cette église devient, en 1664, la première église paroissiale en Amérique du Nord que Mgr de Laval consacre et dédie à l'Immaculée Conception. En 1674, l’église est élevée au rang de cathédrale.
Il faut dire ici que la dévotion à Notre Dame de Recouvrance était bien répandue en Normandie. Les épouses de marin la priaient pour « recouvrer » leurs maris partis en mer. Dans le diocèse de Séez qui couvre une grande partie de la Normandie existait depuis le Moyen Âge un sanctuaire dédié à Notre Dame de Recouvrance à Tourailles (canton d'Athis dans le département de l’Orne). Plusieurs familles du Québec : Gagnon, Mercier, Lessard, Giguère etc. sont originaires de cette région. Le sanctuaire existe encore aujourd’hui.
Voici quelques notes historiques sur ce sanctuaire reprises du site du
diocèse de Séez
Au début du IX° siècle, il y avait aux Tourailles un petit monastère au hameau de la Monnerie (des moines). La paroisse devait alors être confiée à des ermites. A la fin du IX° siècle, lors de l’invasion normande, le petit monastère et le sanctuaire de Marie furent détruits. Mais les Normands, convertis, rebâtirent les sanctuaires. Saint Adelin, évêque de Séez, secondait le zèle des nouveaux convertis. L’église des Tourailles y figure. La tradition rapporte que la statue de la Vierge, qui avait été cachée en terre, fut retrouvée miraculeusement et replacée dans l’église paroissiale. On vint en foule la vénérer et invoquer la mère de Dieu sous le titre de Notre-Dame de Recouvrance.
Vers la fin du XVI° siècle, le pèlerinage avait une telle célébrité qu’on y venait de très loin. En 1590, Henri IV, qui faisait le siège de Falaise, vint, bien que protestant, demander à Dieu par l’intercession de Notre Dame, la pacification de son royaume. A l’heure des guerres de religion, Notre Dame intervint, épargnant la Normandie. C’est pourquoi on l’invoque pour la paix.
La plus remarquable faveur obtenue en ce sanctuaire est la naissance en 1601 de saint Jean Eudes, à la suite d’un vœu de ses parents. En 1600, M. et Mme Eudes qui habitaient Ri, près d’Argentan, firent le vœu d’y venir en pèlerinage à pied si, par l’intercession de Notre Dame de Recouvrance, ils obtenaient la naissance d’un enfant.
L’histoire du sanctuaire continue après la Révolution française. En 1821, la confrérie de l’Immaculée-Conception fondée par l’abbé Durand, curé des Tourailles, fut approuvée par Mgr Saussol, évêque de Séez, le 25 octobre. En 1848, Pie IX enrichit d’indulgences cette confrérie.
Le sanctuaire fut consacré par Mgr Pasquet, le 22 août 1932, et le couronnement de la Vierge eut lieu le 17 août 1939 par le cardinal Suhard, archevêque de Paris. Aujourd’hui, le sanctuaire est toujours un lieu de pèlerinage fréquenté par les gens de la région.
Notons qu’en 1929, lorsque l’archevêque de Québec décida de créer une nouvelle paroisse dans Québec-Est, il lui donna le nom de Notre Dame de Recouvrance pour célébrer le 3e centenaire du Vœu de Samuel de Champlain en 1629 que nous avons rappelé au début.
De plus, il est bon de savoir qu’on trouve du côté gauche de la nef à l’arrière de la Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec une statue de Notre Dame de Recouvrance qui reproduit celle du sanctuaire de Tourailles dans sa nouvelle version de 1903.
Voici quelques notes historiques sur les origines de cette statue. La statue de Notre Dame de Recouvrance, qu'on pouvait voir dans l'ancienne chapelle à Tourailles daterait du 14ème siècle. La tradition rapporte que la statue de la Vierge fut retrouvée miraculeusement par une brebis, dans les rochers de Sainte-Honorine-la-Guillaume. Elle fut brisée à la Révolution de 1789 et les morceaux furent cachés dans le cimetière. Les têtes, le bras droit de la Vierge, celui de l'enfant Jésus disparurent dans la tourmente. Réparée sommairement, on habilla la statue, à la mode des madones italiennes, pour cacher ses cicatrices, et c'est sous cet aspect qu'elle reçut, au cours du 19ème siècle, les hommages des dévots. La statue que l'on peut voir dans l'actuelle basilique est l'oeuvre du sculpteur parisien Joseph Lefèvre. La translation de la nouvelle statue eut lieu le 2 juin 1903, elle fut couronnée le 17 août 1939 ("Notre-Dame de la Recouvrance, aux Tourailles (Orne) - Notice sur le Pélerinage", 1888 - "Les Tourailles Dix siècles de Pèlerinage à Notre-Dame de la Recouvrance", par E. Béchet et C. Roger, éd. 1972).