Séminaire de Québec
Lundi 22 Mars 2010

           

« Demeurez dans mon amour » - Homélie pour la messe anniversaire du décès de l'abbé Gaston Savard, prêtre agrégé du Séminaire de Québec

Homélie lors de la messe anniversaire pour monsieur l’abbé Gaston Savard (décédé le 2 février 2009) célébrée le 30 janvier 2010 par Mgr Hermann Giguère P.H., supérieur général au Séminaire de Québec, le samedi, 30 janvier 2010. Textes de l'Écriture: I Jean 3,14.16-20 et Jean 15, 9-17.



Jean Vanier avec un jeune handicapé de l`Arche, belle illustration moderne du ``Aimons-nous les uns les autres``
Jean Vanier avec un jeune handicapé de l`Arche, belle illustration moderne du ``Aimons-nous les uns les autres``
Nous venons d’entendre deux lectures qui illustrent très bien le fond l’âme de notre confrère l’abbé Gaston Savard, votre frère, votre oncle, votre ami. Mettre cette célébration sous le signe de l’amour me paraît être un geste des plus appropriés. L’abbé Savard a su en vivre et le traduire de mille façons jusque dans son testament où il léguait une somme d’argent pour que l’on célèbre des messes aux intentions des membres de sa famille dont il était si proche.

I – L’amour : un chemin de vie

La première lecture que nous avons entendue, celle de la lettre de saint Jean, nous indique que le chemin de l’amour est un chemin de vie. « Parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n’aime pas reste dans la mort ».

En effet, aimer n’est pas seulement un sentiment, une passion parfois, aimer c’est une proximité, c’est s’approcher de quelqu’un, c’est vivre en sa présence, l’avoir dans son cœur, dans sa pensée, dans ses préoccupations. C’est en somme prendre du temps avec la personne, c’est aussi de cheminer avec elle, de s’intéresser à elle « non pas avec des paroles et des discours » seulement, mais « par des actes et en vérité ».

Mère Teresa et Jean Vanier en donnent de magnifiques exemples. Ce dernier à la Retraite internationale des prêtres en septembre 2009 à laquelle j'ai eu le bonheur de participer invitait les prêtres à refaire en silence, au terme de son enseignement, le geste du lavement des pieds. Ce geste pour Jean Vanier concrétise tout le « Aimons-nous les uns les autres ». C'est l'amour en acte et en vérité. C'est un geste d'amour. « Ayant aimé les siens, il les aima jusqu'à l'extrême » (Jean 13, 1). .En lavant les pieds de ses disciples, Jésus, dit Jean Vanier, a montré à chacun d'eux qu'il avait du prix à ses yeux. Il nous invite ainsi à reconnaître en chaque personne le Temple de l'Esprit Saint.

Notre confrère Gaston a su vivre ce chemin de l’amour d’une façon simple et continue. Sa famille a été le témoin privilégié de son attachement, de ses attentions et de son affection. Et ses élèves et ses confrères se rappellent avec émotion un homme discret, mais toujours à l’écoute et sans cesse préoccupé de l’autre. Il était toujours prêt à se mettre à genoux et à laver les pieds de ses frères et soeurs.

Oui, l’amour ne se réduit pas aux sentiments, il dessine pour chacun et chacune un chemin de vie, un parcours de vie avec ses hauts et ses bas, mais toujours habité de gestes, de pensées et de proximité.

II- Un chemin qui résume tout

Ce chemin de vie qu’est l’amour vécu n’est pas seulement un parcours, mais avec le temps il s’élargit au point de prendre toute la place et se transforme en un lieu où il fait bon demeurer. Le sommet de l’amour c’est d’y être incrusté au point où il n’y a plus d’autres réalités plus importantes. Tout passe par l’amour et tout se résume dans l’amour.

C’est ainsi que je comprends la phrase de l’Évangile que je viens de lire : « Demeurez dans mon amour ». L’amour ne passe pas. Il transforme tout dès maintenant, avant de s’épanouir pour toujours en vie éternelle, car il vient de Dieu. il est l'amour-agapè comme le nomme saint Jean. Il est plus que l'attirance et l'amitié, il est charité, vie de Dieu répandue en nous. Il est ce regard de Dieu en nous qui maintient l'orientation vers le but et la fin : « ...l'espérance ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Romains 5, 5). Cet « amour de Dieu » est l'amour dont Dieu nous aime et dont l'Esprit-Saint est un gage. Il est grâce et faveur de vivre dans l'amitié divine. Il produit un « état de grâce » : un « état » rempli de la grâce, de la tendresse, de la faveur de Dieu. Telle est la plénitude que fait surgir l'amour de charité, l'amour-agapè: une plénitude où il fait bon demeurer, une vie à demeure, une vie éternelle.

En effet, la vie éternelle n’est pas autre que celle que nous vivons déjà. Jésus dans le texte de l’évangile de saint Jean nous invite à vivre maintenant ce que nous vivrons tout le temps : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père je vous l’ai fait connaître » : « Dieu est Amour »

Ce chemin d’éternité qu’est l’amour est proposé à quiconque veut y entrer. C’est un don qui est fait sans mérite de notre part « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis. »

Si nous acceptons d’y entrer, comme l’a fait notre confrère Gaston, nous pouvons être sûrs que les fruits fleuriront et qu’ils demeureront.

Demandons au Seigneur de nous faire entre de plus en plus dans ce chemin de l’amour qui ouvre sur un Dieu qui « est plus grand que notre cœur ».


Conclusion

En refaisant les gestes de Jésus à la dernière Cène, nous nous unissons à Lui, le Ressuscité, établi pour toujours auprès du Père dans la demeure éternelle où l’Amour règne et s’épanouit en plénitude. Nous commençons dans l’amour que nous avons les uns pour les autres une vie qui n’aura pas de fin et que je nous souhaite à toutes et à tous.

Amen!


Mgr Hermann Giguère, P.H.
Supérieur général du Séminaire de Québec
30 janvier 2010


Samedi 30 Janvier 2010
Hermann Giguère
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